Mr. Hédi Mechri
La Chine est de retour, là où on la
pressentait, mais en beaucoup moins de temps qu’on l’imaginait. Paradoxalement,
elle a même profité de la crise économique et financière, qui ne l’a pas
épargnée, pour accélérer sa marche et combler son retard.
En 2009, le dragon chinois a encore craché du feu : 9% de croissance quand tous
les autres pavillons étaient en berne à la suite d’une contraction de
l’activité. Ce n’est pas sans raison si la Chine s’impose désormais comme un
acteur majeur, incontournable dans tous les cénacles, où se conçoit et se décide
l’avenir de l’économie et de la finance mondiales.
En 2009, la Chine a détrôné l’Allemagne et s’est hissée dès le mois de décembre
à la première place des exportateurs mondiaux. La faiblesse du Yuan, rivé sur le
dollar, et l’usage abusif voire outrancier de dumping social y ont certes
largement contribué. Mais l’envie d’effacer plus d’un siècle d’humiliation n’est
pas non plus sans rapport avec ce succès phénoménal. Les Chinois y ont consenti
d’énormes sacrifices et versé un lourd tribut à la modernisation de l’économie
et de la société. Ils ont été saignés à blanc pour faire de la Chine l’usine du
monde et pour pouvoir s’imposer comme ils le font dans l’arène mondiale. On voit
mal, à la vérité, qui pourrait ou qui oserait bousculer cette nouvelle
hiérarchie qui consacre l’inégalable capacité exportatrice de la Chine. Elle
fera vraisemblablement la course en tête, en car elle n’en est qu’au début d’un
processus dont ou n’imagine pas de sitôt la fin. Portée par son élan –une
croissance à près de deux chiffres du PIB et près du double pour les
exportations - il y a fort à parier qu’elle va même creuser l’écart avec
l’entrée en lice des produits High Tech, électronique grand public, industrie
automobile, biens d’équipement, transport ferroviaire, aviation et jusqu’au
nucléaire civil.
Les Chinois montent en gamme et élargissent partout leur part de marché aux
dépens de tous, pays émergents ou industrialisés avancés. L’idée, longtemps
défendue, que le commerce mondial est un jeu à somme positive, trouve
aujourd’hui, face à la déferlante chinoise, peu d’écho et paraît assez éloignée
de la réalité. (suite..).
H.M
hedimechri@yahoo.fr
L’ECONOMISTE du 20 Janvier au 3 Février 2010
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